ENJEUX

Consommation d’énergie, déchets électroniques, émissions de gaz à effet de serre, extraction de matières premières, de nombreux enjeux environnementaux sont au cœur de nos usages du numérique.

Adopter la sobriété numérique c’est impacter la société dans son ensemble. Cela peut avoir des conséquences à un niveau individuel, sur la population globale et les ménages mais aussi sur les entreprises.

L’enjeu politique est au centre du sujet de cette controverse. En effet, il est primordial de sensibiliser, d’encourager et de contraindre les acteurs afin de limiter les impacts environnementaux.

Les enjeux politiques et économiques de la sobriété numérique sont étroitement liés, sinon interdépendants. Chaque décision prise dans un des domaines aura une conséquence sur l’autre.

La production de nouveaux appareils numériques entraîne également une augmentation de la quantité de déchets électroniques, qui peuvent contenir des substances toxiques et ne sont souvent pas recyclées de manière appropriée. En effet, la fabrication des terminaux numériques représente 70% de l’empreinte carbone du numérique en France. Les déchets électroniques numériques incluent des produits électroniques tels que les ordinateurs, les téléphones portables, les tablettes, les télévisions, les équipements de stockage de données et les appareils électroniques de consommation. La rapidité avec laquelle les nouveaux produits électroniques sont mis sur le marché et la durée de vie relativement courte de ces produits signifient que de grandes quantités de déchets électroniques sont produites chaque année. En effet, l’obsolescence des produits high-tech est un problème majeur. Pour pallier ce problème, le parlement français entend réduire cette obsolescence programmée par une loi anti-gaspillage. Dès 2024, on devrait passer à un « indice de durabilité », qui évaluera, outre la réparabilité, la robustesse et l’évolutivité des produits électroniques.

La production et l’utilisation de technologies numériques entraînent également des émissions de gaz à effet de serre, ce qui peut contribuer au réchauffement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre liées au numérique découlent de l’utilisation de l’énergie pour alimenter les datacenters, les réseaux de télécommunication et les équipements électroniques. Les datacenters, qui sont des centres de traitement de données, consomment une importante quantité d’énergie pour alimenter les serveurs, les systèmes de refroidissement et les équipements de stockage de données. Les émissions de gaz à effet de serre liées au numérique ont augmenté au fil des ans en raison de l’augmentation de la demande pour les services numériques et les appareils électroniques. Plusieurs mesures peuvent minimiser cet impact lié au numérique. Cela peut inclure l’utilisation d’énergies renouvelables pour alimenter les datacenters, la conception d’équipements électroniques plus économes en énergie, la réduction de la durée de vie des produits électroniques, ainsi que la mise en place de programmes de recyclage et de gestion des déchets électroniques efficaces.

ENVIRONNEMENTAUX

La consommation d’énergie est un enjeu majeur pour le numérique en raison de la quantité importante d’énergie nécessaire pour alimenter les centres de données, les appareils électroniques et les réseaux de communication. En effet, le numérique correspond à 10% de la consommation électrique française. Cette consommation est en augmentation constante en raison de la croissance de la production d’appareils électroniques toujours plus performants. De plus, le fonctionnement des centres de données, qui sont des installations qui stockent, traitent et transmettent les données numériques, est particulièrement gourmand en énergie. Ce qui impacte la production d’électricité, souvent produite à partir de sources non renouvelables. Il est donc important de prendre en compte cet enjeu de consommation d’énergie lors de la conception, de la construction et de l’exploitation de centres de données et de réseaux de communication, ainsi que dans la conception de produits numériques. 

La production de technologies numériques nécessite l’extraction de matières premières, ce qui peut avoir un impact sur l’environnement, notamment la déforestation et la pollution de l’air et de l’eau. Certaines des ressources nécessaires à la production d’équipements électroniques, comme les métaux rares, peuvent être difficiles à extraire, coûteux et potentiellement nocifs pour les travailleurs et l’environnement. Il est donc important d’encourager les entreprises à être plus responsables et transparentes quant à la source de leurs matières premières et à leur impact sur l’environnement et la société.

SOCIAUX

Les outils numériques ont considérablement transformé notre vie quotidienne, mais ils peuvent également avoir des conséquences sociales sur chacun d’entre nous et sur notre vie. C’est pourquoi l’adoption de la sobriété numérique peut avoir un impact considérable sur notre société puisqu’elle implique la réduction de l’utilisation (excessive) des outils numériques. Elle peut avoir une influence sur différents aspects sociaux dans nos vies, voici quelques exemples :

Sur les relations sociales :

L’utilisation d’outils numériques comme ceux vus précédemment, permet d’échanger et d’avoir des “relations” moins personnelles mais à distance. Ces outils permettent de faire tomber les frontières et les barrières des langues. L’aspect relationnel des outils numériques s’est développé en même temps et au même rythme que l’évolution des technologies, des sites et applications et s’est accentué avec la pandémie. Cela peut conduire à une diminution de l’interaction sociale car ces outils tendent à encourager la communication en ligne plutôt que les interactions en face à face. Réduire sa consommation de ces outils numériques entraîne un changement des relations sociales. Effectivement, comme on l’a vu précédemment, réduire le temps passé sur les écrans permet de libérer du temps pour d’autres activités comme avoir des relations sociales et des échanges dans “la vraie vie”.

Sur la réduction du “toujours plus” : 

La sobriété numérique peut couper dans son élan la course au “toujours plus” des individus mais aussi des entreprises technologiques. 

En effet, les technologies numériques offrent des possibilités infinies de distractions, de divertissements et de nouvelles informations, ce qui peut créer une pression constante pour rester connecté et pour être productif à tout moment. Cette pression constante peut entraîner une culture du « toujours plus », où l’on cherche à être toujours plus performant, plus rapide et plus connecté pour ne rien louper.
De plus, le fait que nos outils numériques soient toujours plus portables (on passe de l’ordinateur fixe à l’ordinateur portable, à la tablette, au smartphone, à la montre connectée…) nous pousse à être à l’affût en permanence du moindre message, de la moindre notification. 

Quant aux entreprises de la technologie, elles sont souvent motivées par la recherche constante de croissance et de profits, ce qui peut conduire à une pression pour développer de nouveaux produits et services en permanence, pour acquérir toujours plus d’utilisateurs et pour augmenter les bénéfices à tout prix.
Cependant, en réduisant l’utilisation des outils numériques, les consommateurs peuvent exprimer une diminution de la demande pour des technologies. Cette demande peut encourager les entreprises de la technologie à se concentrer sur la qualité plutôt que sur la quantité, en créant des produits et des services qui répondent réellement aux besoins des consommateurs, plutôt que de chercher à les inciter à consommer toujours plus (en sortant un nouveau téléphone tous les ans, par exemple).
En outre, la réduction de l’utilisation des outils numériques peut également encourager les entreprises de la technologie à adopter une approche plus responsable sur le plan social et environnemental.

Sur la santé mentale :

L’utilisation excessive des écrans (ordinateurs, tablettes, téléphones) et donc des médias sociaux, des jeux en ligne, des vidéos en continu, etc. peut conduire à la dépendance, à l’isolement social. L’adoption de la sobriété numérique peut contribuer à réduire la dépendance et l’isolement social. Le fait de diminuer son temps d’écran permet de libérer du temps pour d’autres activités plus vertueuses. Les individus peuvent consacrer plus de temps à des activités telles que la lecture, le sport, la créativité, etc. Cela peut avoir un impact positif sur le développement personnel et sur la qualité de vie (et la santé mentale).

Sur l’éducation :

La consommation excessive des outils numériques peut avoir un impact négatif sur la qualité de l’éducation et de l’apprentissage. Les étudiants, et autres apprenants, peuvent être facilement distraits par les notifications et les alertes provenant de leurs appareils, ce qui peut les empêcher de se concentrer sur leur apprentissage. Les réseaux sociaux, les jeux en ligne et les autres divertissements numériques peuvent également détourner l’attention des étudiants de leurs cours et devoirs, ce qui peut entraîner une baisse de leurs performances académiques.
De plus, les outils numériques et les plateformes sont pensés pour nous offrir des expériences courtes mais intenses comme c’est le cas avec Tiktok. Cela entraîne une baisse du temps moyen de l’attention de générations en générations. Cela a un impact considérable sur la capacité de se concentrer sur un apprentissage.

Sur l’inclusion des plus défavorisés : 

La diminution de l’utilisation des outils numériques peut contribuer à la réduction des inégalités en permettant une meilleure inclusion des personnes qui n’y ont pas accès ou qui ne sont pas familières avec ces outils. En effet, la numérisation croissante des informations, des services et des interactions a créé une fracture numérique entre ceux qui ont accès et utilisent les technologies numériques et ceux qui n’ont pas cette opportunité.

En réduisant leur consommation, les utilisateurs peuvent réduire leur dépendance aux technologies numériques et être plus conscients des possibilités alternatives pour accomplir les tâches qui peuvent être effectuées en ligne. En conséquence, cela peut aider à réduire la fracture numérique en revalorisant les démarches par papier ou avec des échanges en face à face.

De plus, les coûts des appareils et des services numériques peuvent constituer une barrière pour les personnes ayant des revenus limités ou les communautés marginalisées. La réduction de la consommation des outils numériques peut contribuer à réduire la demande et donc faire baisser les prix de ces technologies. On peut espérer qu’avec une telle démarche, les outils numériques soient financièrement plus accessibles.

En introduisant cette thématique dans l’éducation, les futurs consommateurs auront des gestes plus responsables dans leurs achats, dans leurs comportements et dans leurs conceptions. Afin de mettre en garde les citoyens face aux effets indésirables d’un usage croissant d’équipements numériques, le 4 mai 2022, l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) publie un guide : “En route vers la sobriété numérique”. L’ADEME indique également les bons gestes à adopter pour leur entretien et leur renouvellement. 

Le gouvernement français entend faire prendre conscience aux citoyens de leur impact du numérique sur l’environnement, mais qu’en est-il des entreprises ? En effet, le gouvernement doit veiller à ce que les entreprises respectent les normes environnementales et rendent publiques des informations sur leur impact environnemental en les incitant à publier des rapports annuels. Il doit également inciter les entreprises à adopter des pratiques durables en matière de numérique, telles que l’utilisation d’équipements énergétiquement efficaces et le recyclage des déchets électroniques.

POLITIQUES

L’usage du numérique en France engendre de nombreux enjeux politiques. Le gouvernement doit sensibiliser les citoyens aux conséquences négatives de la pollution numérique sur l’environnement et les encourager à adopter des pratiques plus durables. L’enjeu éducatif est d’autant plus important qu’il y a souvent un décalage d’une dizaine d’années entre l’apparition d’une thématique dans la sphère politique et scientifique et son arrivée effective dans le milieu scolaire. De même, dans l’enseignement supérieur, selon un des rapports publié par The Shift Project, seulement 35 % des formations françaises abordent les enjeux environnementaux des technologies (Amichaud 2021). Il est donc fondamental que l’enseignement s’empare de la thématique de sobriété numérique. Pour The Shift Project (Ferreboeuf 2018), la conscientisation des citoyens à la sobriété numérique doit devenir une priorité. 

Le gouvernement français souhaite sortir de sa dépendance aux énergies fossiles et réduire de 40 % sa consommation d’énergie d’ici 2050 afin d’atteindre la neutralité carbone. Le 6 octobre 2022, le gouvernement français a présenté un plan de sobriété énergétique. Dans un esprit de concertation et de dialogue, neuf groupes de travail ont été lancés afin de faire remonter des recommandations de mesures pour chaque secteur. L’objectif est que ces différents secteurs mettent en œuvre des mesures d’économies d’énergie sur le terrain. Cette charte appelle également à rationaliser le stockage des données, mettre au point des versions allégées des sites web et des applications mobiles, et à « privilégier des acteurs ayant souscrit au code de conduite européen de l’efficacité énergétique des data centers ».

ÉCONOMIQUES

En réduisant la consommation d’énergie pour les serveurs et centres de données, l’internet, les réseaux sociaux, ainsi que l’émission de gaz à effet de serre de la production d’outils numériques, la mise en place d’un plan de sobriété numérique aurait une incidence positive sur l’environnement. Toutefois, cela engendrerait des conséquences économiques significatives

Tout d’abord, on observerait une réduction des dépenses liées à la technologie numérique pour les consommateurs, car elle entraînerait une utilisation plus modérée de ces derniers. De ce fait, la demande pour les produits technologiques les plus coûteux réduirait significativement, ce qui affecterait très probablement les entreprises technologiques, dont le chiffre d’affaires baisserait. 

Cette réduction de la demande s’accompagnerait d’une réduction de la consommation des services technologiques en ligne : réseaux sociaux, jeux en ligne et applications. Les entreprises y ayant recours (actionnaires, entreprises qui s’en serviraient comme moyen de communication…) en subiraient peu à peu les conséquences, dépendant de ces services pour leur chiffre d’affaires.

On observe aussi de plus en plus de réglementations en matière de protection des données personnelles (comme le RGPD en Europe), ainsi qu’une prise de conscience des consommateurs et des entreprises, qui favorisent progressivement des pratiques plus éthiques en termes de production et de protection des données. Les entreprises sont donc peu à peu incitées à adopter des pratiques plus responsables concernant la protection et l’usage des données personnelles de leurs utilisateurs. Dans certains cas, cela entraînerait une réduction de leur capacité à utiliser les données pour cibler le consommateur en le soumettant à des publicités personnalisées, entraînant alors des coûts supplémentaires consacrés à la promotion des produits et services proposés par les entreprises. 

Un plan de sobriété amènerait donc à désinvestir l’évolution du numérique, altérant de ce fait la croissance des grandes entreprises spécialisées dans ce domaine. On parlerait alors de décroissance, et leur chiffre d’affaires en serait alors directement impacté. 

Cette décroissance, entraînant une réduction de la consommation d’énergie et les émissions de carbone liées aux activités numériques, pourrait aussi présenter des avantages économiques, en réduisant ainsi les coûts relatifs à l’énergie.